Violence sexuelle. Crédit photo : Google Image

 

 

J’ai ralenti mes pas, jusqu’à m’immobiliser complètement, lorsque j’ai vu cette fille dévaler l’allée reliant leur cité à la voie principale. J’ai regardé autour de moi, puis fait semblant de retourner sur mes pas. Je ne me sentais pas prêt à affronter son regard. Mes pas devinrent lourds tout à coup, le bruit de mes chaussures contre le pavé se fait assourdissant, et même le sifflement du vent dans les branchages semble me huer.

 

Cette fille, arborant cette magnifique robe jaune, avec de minuscules motifs fleuris, avait fière allure, et divinement belle, lorsqu’elle s’assit délicatement sur le banc de l’arrêt du bus universitaire. Elle était seule. Jetait de temps à autres un regard furtif à son téléphone, avant de promener son regard à l’horizon, guettant l’arrivée de cet amas de ferraille brinqueballant.

J’aurai pu continuer tranquillement mon chemin, la saluer, discuter avec elle, la prendre dans mes bras, et marcher un peu, ou attendre avec elle le bus. Cependant, les événements de ces dernières semaines m’ôtent tout courage et toute assurance.

Pourtant du courage et de l’assurance, j’en débordais, lorsque j’ai décidé de lui adresser la parole pour la toute première fois, à cette petite soirée récréative, suivant la période des soutenances. Elle portait cette même robe jaune, car elle rentrait de sa première journée de travail. Elle venait, m’a-t-elle dit, de débuter un stage professionnel au sein d’un cabinet d’huissier de justice. Lorsque je lui ai fait le compliment sur sa robe qui moulait parfaitement son corps, elle m’a expliqué que c’était un vieux vêtement qu’elle arborait pour des occasions spéciales.

Du courage et de l’assurance, j’en avais suffisamment, lorsqu’au fil des discussions, je l’ai invité à déjeuner plusieurs fois, durant ses pauses. Je ne pense pas avoir manqué de courage, lorsque je lui tenais la porte durant nos sorties, ou portait son sac, lorsqu’elle était épuisée.

Le courage, je l’ai eu, lorsque je l’ai enfin invité chez moi.

Elle était arrivée dans cette superbe robe, comme pour me signifier que c’était un grand jour, pour elle, et certainement pour moi. J’étais occupé à appliquer mon imagination à autre chose. Je me voyais en effet, renifler son long cou habillé d’une  discrète chaîne. Je me voyais passer ma bouche sur son magnifique corps à la couleur d’argile mal cuite. Je me voyais tenir dans la paume de mes mains, ses deux seins mi fermes mi flasques. Lorsqu’elle dessere ses douces lèvres pour me parler, dans le clair-obscur de cette chambre, je me voyais l’embrasser, tendrement, fouillant l’intérieur de sa bouche avec ma langue. Et lorsqu’elle s’est levée pour se diriger vers la terrasse et s’accouder à la rambarde, j’y ai vu une invitation ferme, expresse et non-révocable, à toucher et posséder ce magnifique monticule de chair qu’elle cambrait sans forcer.

Du courage ? Oui, j’en ai eu, pour me lever, et coller la bosse qui s’est progressivement formé entre mes jambes, contre la raie des fesses de Naïma. Elle s’est contentée de sourire, puis de se retourner, pour me faire face. Elle a posé une tendre et chaste bise sur mes lèvres, puis m’a demandé de ne pas me presser ; de ne pas brûler les étapes. « Nous n’en sommes pas encore là », m’a-t-elle dit.

Le courage, seigneur ! Il m’en a fallu pour m’écarter. Et pour cacher ma gêne, je suis allé lui resservir du jus de fruit. J’ai encore rassemblé mon courage, pour effectuer une seconde tentative. Qui ne tente rien n’a rien, dit-on. Et puis, il faut savoir insister, n’est-ce pas ?

Je ne suis pas arrivé à comprendre qu’on veuille prendre encore son temps, après tout ce temps passé ensemble. Deux ou trois mois, c’est assez suffisant non ? Et puis, je n’ai pas attendu aussi longtemps avec ses amies Christelle et Mireille.

Je suis revenu tranquillement vers elle, pour essayer de l’embrasser. Elle s’est laissé faire quelques instants. Lorsque je pris sa main droite pour la diriger vers mon entrejambe, elle me repoussa un peu, puis me tourna dos. La fente droite de cette magnifique robe découvrait des mollets parfaitement épilés, et laissait entrevoir des cuisses galbées.

Je me suis rapproché une fois encore ; avec insistance, cette fois. Je n’ai pas eu le courage de respirer suffisamment pour calmer mon pouls qui s’accélérait ; je n’ai pas eu le courage nécessaire pour maintenir le sang dans mon cerveau, au lieu de l’empêcher d’affluer vers mon sexe qui ne cessait de gonfler.

Où avais-je la tête ? Je crois que je l’avais enfouie dans sa touffe de cheveux, en respirant bruyamment dans son cou. Ma main droite la retenait contre cette rambarde, tandis que ma main gauche parcourait nerveusement son magnifique corps. Tâter machinalement ses deux seins… Forcer sa tête à se retourner pour m’embrasser, descendre jusqu’à la fente de la robe, pour essayer de la soulever.

Mon Dieu !

Le bus arriva. S’arrêta. Puis reparti. Je pensais pouvoir continuer enfin ma route, mais Naïma n’est pas monté à bord. Le vent se leva légèrement. Elle noua convenablement son voile autour du cou. Peut-être avait-elle froid. Peut-être essayait-elle de cacher les traces laissées par ma main, sur son cou.

Parce que cette soirée, elle s’est débattue. Timidement, au départ, puis beaucoup plus fermement. La gifle qu’elle m’a administré s’était tout de suite dissipée lorsque j’ai soulevé sa robe, pour découvrir ses grosses fesses nues, retenues par une fine ficelle de string. J’y ai enfoui deux doigts, en serrant son cou avec ma main droite. J’ai poussé les doigts aussi loin que j’ai pu, pensant qu’elle serait enfin excitée, et me laisserait faire.

Plus elle serrait les cuisses, plus j’avais du mal à faire passer mes doigts, et plus je forçais, et plus elle avait mal. « Laisse-toi faire », lui soufflai-je, à l’oreille. Elle poussa enfin un cri que j’ai rapidement étouffé, en appliquant ma main sur sa bouche. Lorsque j’ai ressorti mes doigts de l’intérieur de son sexe, c’était pour desserrer ma ceinture, et baisser mon pantalon. J’ai donné un coup de pied à son pied droit, afin de l’obliger à écarter les jambes. J’ai mis de la salive sur mes doigts avant de les remettre dans son sexe.

A cette étape, elle cessa toute résistance ; écarta elle-même les jambes, et me laissa la pénétrer. Je me suis enfoncé en elle d’un seul coup de rein, en poussant un grand cri de satisfaction stupide. Elle était de marbre, lorsque je butais mon pubis contre ses fesses, en de violents va et vient.  Lorsqu’on est excité comme je l’étais, on finit par éjaculer au bout de 43 secondes, tout au plus. J’ai poussé un râle comme un âne, lorsque je me suis vidé en elle. Elle a compris que j’en avais fini. Elle a ajusté sa robe, s’est essuyé le visage, puis s’en est allée. Sans dire mot.

Si elle n’a rien pu me dire, elle n’aura pas le courage de le dire à qui que ce soit. Christelle n’avait rien pu dire à l’époque. Et lorsque Mireille s’est confiée à des amis en communs, ma version des faits fut plus convaincante. Comment peut-on violer une personne qui vient passer la nuit chez nous ?

En remettant ma ceinture, sur cette petite terrasse à l’arrière de ma chambre de cité, il y avait cette autre fille qui me regardait d’un regard noir, depuis sa fenêtre. Sakina. Elle était là depuis quand ? Qu’a-t-elle bien pu voir ?

Je ne m’en suis pas vraiment occupé. Jusqu’à il y a quelques jours, lorsqu’une convocation du Commissariat me parvient. Je suis accusé de viol. Et selon ce qui se raconte, des personnes étaient prêtes à témoigner. Des gens que je connais étaient prêts à appuyer la thèse de Naïma.

Je me suis retourné, pour la voir, assise sur ce banc, avec cette même robe. Plus fière que jamais. Plus déterminée que jamais. Et là, à quelques pas, il y avait encore Sakina qui lui envoyait de la force, à travers un magnifique sourire.

C’est peut-être ce qui a manqué aux autres filles. De la force, de la confiance, pour en parler. Pour se plaindre. Pour m’arrêter. Moi, et tous ces gentlemen admirés par plusieurs, abjects pour quelques demoiselles. De gens parfaitement respectables en société, avec à leur actifs des actes hautement condamnables.

Cette magnifique robe jaune qu’elle porte encore ce soir veut juste dire une seule chose : c’en est fait de moi, cette fois.

 

Billet improvisé en réponse à l’article de Sakina Traoré. Pour tous ces « messieurs corrects » parmi nous, qui se livrent à des actes ignobles. Pour toutes ces filles qui n’ont pas le courage de parler, de témoigner. Pour celles qui, comme Naïma, brisent l’omerta.