Label Made In Togo

In limine litis, j’aimerais apporter une précision : je ne suis fabricant d’aucun produit togolais, je ne suis promoteur d’aucun bien produit au Togo ; je n’ai ni la prétention de connaître les déboires propres à cette catégorie de personne qui ont fait le pari de produire quelque chose et de le vendre, ni la légitimité de m’ériger en redresseur des torts. Je m’épanche sur mon blog en simple consommateur desdits produits, en donnant mon avis à moi, tout en me réservant le droit de me tromper.
 
Pourquoi cet article ?
 
Eh bien parce qu’il y a un peu plus d’une dizaine de jours, j’ai lu une publication sur Facebook, qui disait en substance qu’on préférait les produits importés aux produits locaux ; qu’on consommait sans rechigner les produits d’importations alors que nous sommes sévères envers les produits locaux. Cette publication pleine de sens est surtout pleine de vérité. Je me suis retrouvé dedans. J’y ai quelque peu réfléchi, et pour la compléter, je vais y répondre en consommateur, vu que la publication émane (en tout cas je l’ai vu sur le mur) d’un producteur togolais. Je le répète, il s’agit de mon expérience à moi, de mon avis à moi ; et que je me réserve le droit de me tromper.
 
Cas N* 1
 
Aux débuts de la purée de tomate togolaise, je faisais partie de ceux qui voyaient ce produit avec beaucoup d’indifférence. Je dis bien indifférence, pas hostilité. Pour la simple raison que je cuisinais avec de la tomate concentrée, et je ne m’en plaignais pas. A cette époque, je n’étais pas très regardant sur ce que j’ingurgitais. Ma devise en cuisine était simple : si la sauce doit être rouge, il faut que ce soit bien rouge ; si elle doit être salée, il faut que ce soit bien salée ; si elle doit être huileuse eh bien… Jusqu’au jour où, petit à petit, je commence à m’interroger sur ce que j’avais dans mon plat. Je suis tombé sur un documentaire mettant à nue l’arnaque des prétendues tomates concentrées.
C’est donc comme ça que j’ai essayé la purée de tomate togolaise. Et très honnêtement, je ne m’en plains pas. Même si je ne l’utilise pas quotidiennement, je sais que je l’achèterai systématiquement, si j’ai besoin de tomates autres que fraîches. Surtout qu’il n’est pas difficile de s’en procurer.
J’aimerai ici attirer votre attention sur la différence du produit. Ils auraient pu se mettre à leur tour à produire de la tomate concentrée, et s’attendre à ce qu’on boycotte toutes les autres marques pour la leur, juste parce qu’ils sont togolais. Je parie qu’il y a longtemps qu’ils auraient déposé bilan, et mis la clé sous le paillasson. On ne peut pas se contenter de faire une fausse réplique de ce qui existe déjà, et espérer ratisser large en jouant sur l’appartenance à un même espace géographique. En outre, la purée de tomate se positionne comme une alternative à un produit depuis en plus décrié…
 
Cas N*2
 
Ceux qui me connaissant savent que je préfère de loin le thé au café. J’en achète tout le temps, de toutes les marques et de toutes les senteurs. Puis je tombe sur une marque de thé togolaise, sur un stand, à la Foire Internationale de Lomé. Du thé de Kinkéliba m’a-t-on dit (rassurez-vous, pas la marque que nous connaissons tous). La boite de 20 sachets m’a été proposé à 2.300 FCFA (et c’était le prix promotionnel à la foire). Le même soir, après le dîner, j’infuse mon nouveau thé, pour voir ce que ça donne. Le sachet se déchire au contact de l’eau chaude, rendant l’eau imbuvable. Ce soir, j’ai été suffisamment patient pour me rendre compte que 17 sachets de thé sur 20 se sont déchirés au contact de l’eau chaude.
Et pourtant, un thé, c’est chaud non ? Et de l’eau, ça bout à 100 degrés non ? Bref, j’ai dû bouillir une nouvelle carafe d’eau chaude, pour me contenter d’une autre marque. 😊
La qualité qui ne suit pas forcément le prix de certains produits togolais est un boulet pour le #MadeInTogo. Un paquet de 20 sachets de thé Lipton senteur pêche mangue me revient à moins de 2.000 FCFA, quelque soit le supermarché à Lomé. Pourquoi devrais-je alors dépenser plus, pour un produit moins bon ?
 
Cas N*3
 
Maintenant qu’on en parle, je me rappelle qu’il m’est une fois arrivée de boire une calebasse de tchouk (bière de mil locale) sous un acajou, durant une pause à midi. La calebasse coûte 50 FCFA, et elle peut être remplie à ras, si vous êtes capable de flagorner l’ego de la revendeuse. Le même produit est embouteillé par des togolais, et vendu bien frais, dans un bar affectueusement appelé « Au bureau » (coucou Gauthier, Elie, Aristide). Pour une quantité plus ou moins égale à la calebasse, le tchouk embouteillé coûte 500 FCFA. Soit 10 fois plus.
Risquerai-je de passer pour un ivrogne si je me prononce sur la qualité ? Honnêtement, il n’y a pas une grande différence entre la boisson servie dans la calebasse et celle mise en bouteille, hormis le prix.
En bon consommateur, je fais un calcul tout simple : avec 500FCFA, je peux avoir une grande bouteille d’une bière de la brasserie. Pourquoi dépenser autant pour une si petite bouteille dont le contenu est accessible à 50 FCFA, dans n’importe quel quartier de Lomé ? Sérieux quoi ! Si ce n’est que du tchouk, s’il faut boire du tchouk… Mais bon, plutôt que de parler ainsi, je me suis consolé en me disant : je ne suis pas la cible.
Et parlant de cible, je vais passer sous silence ces artisans qui font un beau travail, mais qui vendent une montre murale en palettes à 50.000 FCFA. Les gars, ce n’est pas que c’est cher hein, c’est moi qui ne suis pas la cible.
 
Cas N*4
 
Et c’est d’ailleurs le plus récent. J’ai acheté une bouteille de Deguê #MadeInTogo dans un supermarché du quartier. Je vais être honnête ici aussi : ce produit est exécrable. Le mil qui a servi à la fabrication de ce breuvage contenait une respectable quantité de sable, et le lait était assez…dilué. Je suis même tombé sur un brin d’éponge métallique dans ce truc. Immédiatement, j’ai composé le numéro indiqué sur l’emballage, pour faire part de ma déception du produit. Et Dieu sait que j’ai vraiment été courtois et poli. Je suis tombé sur une dame qui ne m’a pas laissé terminer mon propos, qui m’a grondé, m’a à la limite insulté, puis m’a raccroché au nez.
Une personne qui ne sait pas gérer le Service Après Vente ne mérite pas de vendre, tout simplement. Vous voulez que moi Aphtal je fasse quoi, à cette marque de Deguè, à part l’exposer, et la déconseiller vivement à ceux qui se laisseraient tenter par elle ? Et si jamais, à côté de cette marque togolaise, la seule qui me sied vient du Niger, pourquoi m’en empêcher, au nom d’un hypothétique slogan « Consommons Togolais » ?
Fort heureusement, une autre marque de Déguê m’a été proposé par l’homme Yves Koko Ayi. Je m’en délecte.
 
Allons un peu plus loin.
J’ai comme l’impression qu’on passe trop de temps à taper sur le consommateur, au point d’occulter les vraies causes.

  • Le manque de solidarité: la solidarité ici n’est pas celle du consommateur envers le producteur, mais entre producteurs. Nous autres togolais avons du mal à nous associer, à faire front pour faire business. Autant au grand marché, 15 revendeuses de tomates fraîches sont assises les unes à côtés des autres, vendant la même tomate, au même prix, autant il existe 15 entreprises togolaises de fabrication de thé de quinquéliba.

 

  • Le manque de formation/culture entrepreneuriale: fabriquer son produit c’est bien ; savoir le vendre c’est encore mieux. Il n’y a rien de plus difficile que de sortir de l’argent de la poche d’autrui pour le mettre dans la sienne. Ça passe par le marketing, le packaging, l’utilité, l’accessibilité… L’emballage du thé kinkéliba a beau être moins attrayant que celui du Lipton ; s’il est BON, on l’achètera. Pas parce que c’est togolais, mais parce que c’est BON. Les producteurs/entrepreneurs togolais, doivent savoir que le consommateur a le droit de dépenser son argent comme il l’entend.

 

  • Le manque de soutien politique : c’est trop facile de dire que le togolais ne consomme pas local. Que voulez-vous que je fasse, si un produit importé est plus accessible et moins cher qu’un produit togolais ? Ce n’est pas le consommateur qui vous réclame la TVA chaque mois ; ce n’est pas le consommateur qui vous oblige à payer les cotisations sociales ; ce n’est pas le consommateur qui exige de vous des timbres fiscaux avant de faire affaire avec vous ; ce n’est pas le consommateur qui vous refuse un prêt à la banque ; ce n’est pas le consommateur qui refuse de vous laisser exposer vos produits dans les supermarchés étrangers ici à Lomé ; ce n’est pas le consommateur qui exonère des produits pouvant vous concurrencer de droits de douanes à l’importation ; ce n’est tout simplement pas le consommateur la cause de vos malheurs

 
Je reste convaincu d’une chose. Les produits togolais ne peuvent s’améliorer que si nous les utilisons, et si les producteurs réinvestissent dans leur produit. Ceci, dans un cadre économico-légal qui les protège véritablement, et qui les promeut sincèrement.
Je me réserve le droit de me tromper.