Copie d’examen

Samedi – 9h – Devoir de Test publicitaires – Salle d’examen.

Nous étions à peine une trentaine d’étudiants sur la centaine à composer ce jour (trois filières composent simultanément). La grisaille du ciel en ce jour fit rapidement place à une averse qui aurait mouillé le slip d’un curé en soutane, en moins de 60 secondes. Je me mis à caresser l’idée d’un éventuel report de l’évaluation, du fait de l’absence de la majorité. Erreur.

Le Chargé des Examens arrive à entrer en salle et se mit à aboyer les ordres et les consignes. A la guerre comme à la guerre. On n’est jamais assez prêt mais là, je n’étais pas près d’être prêt. Distribution des rabats, puis, ouverture de l’enveloppe contenant les épreuves. Mon cœur battait déjà le Mbalaakh. En deux temps trois mouvements, je reçois mon épreuve et prend connaissance de son contenu : ce prof m’a tué.

Vous savez, cette façon d’être là sans être là. J’étais dans cette salle située au dernier étage de l’immeuble, complètement à l’écart de la cage d’escaliers. Je me mis à regarder par la fenêtre, à admirer la pluie qui s’abattait sur cette ville. J’eus même le temps d’avoir une pensée envers les habitants des zones inondables. Ce que notre esprit est capable d’accomplir, lorsque nous ne sommes pas concentré… J’étais donc là à méditer sur la façon d’entamer cette épreuve, par où et comment commencer, lorsque l’un de nos amis réussit à braver la pluie et à rentrer en salle. Disons qu’il n’avait que quelques minutes de retard; 5min tout au plus. Le Directeur des Examens lui intime l’ordre de sortir. L’étudiant supplie, mais rien n’y fit. Le Directeur était intraitable. Il éconduit même le délégué qui essaya d’intervenir. Ce dernier la ferme et retourne s’asseoir, apeuré.

J’ai analysé la situation. J’ai revu l’épreuve : je n’ai rien à écrire. Pourquoi ne pas faire l’altruiste ? Pourquoi ne pas exiger que l’étudiant soit admis en salle ? J’ai pensé à Sankara, à Nkrumah, à Lumumba, et même à Eyadéma… Je me suis dit qu’il fallait aussi inscrire mon nom dans l’histoire de ces hommes qui se sacrifièrent pour autrui.

Je me suis levé et j’ai commencé à hurler « Monsieur ce n’est pas juste. Vous voyez vous-même qu’il pleut. Le gars a réussi à arriver, et n’a que 5min de retard. Laissez le petit composer. Ce n’est pas juste. Laissez le gars composer sinon nous aussi on ne composera pas. ». Le type a souri et s’est remis à revérifier les fiches de présence, sans me répondre. Je me retourne, mes camarades écrivaient et remplissaient leurs rabats. Visiblement, ils en avaient plein, à raconter, eux. Mais moi alors ?

Je reprends « Togolais, nous devons dire non à la tyrannie, nous devons nous dresser comme un seul homme contre l’oppresseur. Togolais debout. Camarades debout. Quittons la salle ». Personne n’a bronché. J’ai même hurlé « Aux aaaaaaaaaaaarmes aux citoyeeeeeeeennnnns »… Personne n’a soulevé la tête.

Le Directeur me réponds alors « Tchalé, laisse ce que tu essaie de faire là. Le seul étendard sanglant qui va se lever, c’est le stylo rouge de ton prof sur ta copie vide. Tu peux crier, je ne te ferai pas sortir. Même si tu sors, je considère que tu es présent. Mon frère, assieds-toi! »

La honte. J’ai regardé mes camarades. Ils continuaient par écrire. Le délégué souriait même pour me narguer. Penaud, je pose mon arrière-train, et replonge mes yeux dans cette épreuve où rien ne m’était compréhensible. Comme le disent les camerounais, “Lorsque tu ramassais le caillou, l’oiseau t’a vu“. J’ai eu mal hein. Je me suis mis à penser au sort togolais.

J’ai bien envie de vous dire d’apprendre vos leçons. Mais je vous dirai qu’il nous faut aussi apprendre à être solidaire, à défendre autrui, et à se dresser comme un seul homme ; soit pour soutenir un pote abusivement exclu, soit pour soutenir celui qui n’a rien appris et qui est dans la merde.