Fufu Images

Samedi 12 Septembre. 12’40’’.

Épuisé par un chapelet de courses effectuées dans la matinée, je pleurais à l’idée de devoir retourner en belle famille pour y chercher un truc que j’y avais oublié. Le soleil était haut. La chaleur était étouffante. Langue sèche, front moite, je me mets en route tout de même.

Par un [mal]heureux hasard, j’arrive à l’instant même où la table de déjeuner était dressé. Mon beau père, un vigoureux gaillard, mettait des morceaux de glaces dans un jus d’oranges pressées par ses soins; sur la table, une énorme pâte d’igname pilée royalement trempée dans une langoureuse sauce blanche. Un poisson frais y trônait et me clignait même des yeux. J’ignore ce que le père de famille a lu dans mon regard, mais il m’invite à me mettre à table avec la famille.

– Mon beau père : “ah, tu arrives à point. Attrape le savon là bas, lave tes mains et viens manger”
– Mon cerveau : “Tchalé, prends ton truc et casse toi. On tchop pas chez les gens comme ça. ”
– Ma bouche: “ah merci papa. Ce sera pour une autre fois. Là là je suis un peu pressé là, je cours la bas revenir.”
– Mon estomac : “Azea, depuis matin tu n’as rien envoyé ici. On te donne fufu gratis et puis tu fais le fier. Va boire la sauce là pour me réchauffer ici. Tsruu. “

– Mon beau père. “Petit, c’est ce qui est dans le ventre qui nous appartient. Le reste là c’est poursuite du vent. Viens manger avant de partir”.
– Mon cerveau : “Vrai vrai là, si tu loupe ce fufu, ça va être dur hein. Tu n’as rien au frigo. Si on te donne même du pain, tu n’as pas de sucre pour mettre dans l’eau pour manger. Si tu as mangé ça la ça fait quoi?”
– Ma bouche : ” Ah, paaaapaaaa. Bon, comme tu insiste…”
– Mon estomac : “Sage décision. Fais vite sinon tu vas faire une hypoglycémie on va dire tu as l’épilepsie. “

J’ai mis au propre mes mains jusqu’aux coudes, j’ai dépoussiéré mes fesses et me suis assis à la, table, là sur la terrasse. Le père rendit grâce, et nous pouvons donc remplir nos panses. Le père prit une première bouchée puis s’écria “wow c’est chaud. Faut qu’on attende un peu.”

Attendre? Que quoi? Entre nous: aucun mets ne peut réfréner l’appétit du‪#‎Kotocoli‬ à cause de sa chaleur. J’ai mis les doigts dans la sauce; c’était chaud mais pas plus chaud quand on a rien à manger. J’ai fait un gros trou dans la pâte, j’ai porté la main à la bouche. Le goût était divin. J’ai répété le geste 3 ou 4 fois avant de me rendre compte que le trou devant moi était de plus en plus grand, et qu’aucun de mes beau parents n’avait jusque là réussi à avaler une seule boule de pâte.

Je sentais le regard du père de famille sur mon front. Le genre de regard qui dit “fils, tu n’as aucune compassion?”. A celui ci s’est ajouté le regard inquiet de la mère de famille :”ma fille a dépassé le Kloto pour ramener un gars de Tchaoudjô? Mon Dieu, c’est quelle punition pour quelle faute?”

C’est là que je laisse le sentiment de honte m’envahir progressivement. Je pourleche mes doigts en me levant. Personne à la table n’essayait de me retenir. J’ai compris que le point de non retour fut atteint. Avant de prendre le savon je suis revenu prendre la tête de poisson qui me narguait depuis un moment. Papa s’est levé pour se laver la main.

Personne n’a rien dit. J’ai dit au revoir, ils n’ont rien dit. J’ai dit merci, ils n’ont rien dit. Une fois dehors, j’ai entendu la mère hurler le nom de ma fiancée. Il est possible qu’on repousse encore le mariage