vin-mousseux
C’était l’anniversaire de madame. Vous savez, ces journées où il faut veiller pour être le premier à faire les vœux à la mimbale (je n’ai jamais saisi la portée de ce classement), ces journées où la mère se remémore ses douleurs et hurlements dans un mauvais hôpital avec des sages-femmes, ou des matronnes, ces journées où le père boit à la mémoire de sa part d’inquiétude, il y a un peu plus d’une vingtaine d’années…
C’était un jour comme ça, où je fus une fois de plus convié à un dîner familial, dédié à celle-là qui grandit trop vite et qui refuse de m’épouser pour quitter la maison familiale. (Nous y reviendrons)…
Ambiance conviviale. Amour dans l’air. Père de famille, Papa Elias, torse nu, se baladait dans la cour avec un verre d’un sérieux whisky à la main, l’autre main plongée dans une culotte couleur rouge Toofan. Il laissait dodeliner sa tête sur un air qu’il fredonnait.
Maman Christine quant à elle s’activait à la cuisine, entre deux feux et un mortier. Inutile de dire de quoi le dîner sera fait.
J’ai traîné un peu avec le vieux, qui semblait particulièrement loquace en ce jour, avant d’aller poser ma bouteille (c’est vous qui m’avez appris qu’on ne part pas manger chez les gens les mains vides), et me servir une respectable rasade du précieux breuvage irlandais.
Nous avons parlé de Sarkozy, du FMI, de rugby, du parti des togolais, des Kangourous…bref, l’alcool aidant nous avons parlé de tout et de rien, puis passé à table. Cette fois, je me suis bien comporté, rassuré vous. 🙂
Une fois la table débarrassé, le vieux Elias, tout content, ressort avec une bouteille de vin mousseux (vous savez, ces trucs pleins de bulles qui font roter et qui plongent dans les blues) à ouvrir en l’honneur de sa fille, et se mit à faire un discours à la Bonaparte.
– Fils, ce ne sont pas des choses de mon âge. Prends, ouvre ça et emplit nos verres. J’ai soif…, dit le vieux en me remettant la bouteille.
Je me suis mis à ôter le papier aluminium qui enveloppe le liège, en écoutant le discours chaleureux et quelque peu éthylique de mon beau père. J’ai enlevé la goupille (je sais pas comment vous l’appelez, le truc en fer qui retient le liège là).
Je me suis mis en position (j’étais assis en fait, à côté de madame et de sa mère.), attendant la fin du discours du père de famille qui, debout, ne semblait pas à court d’anecdotes.
Le temps de tourner la tête pour faire un clin d’œil à Delali, mon doigt effectua une légère pression sur le liège qui partit aussitôt dans un malheureux mais assourdissant “pouuuf”, rapidement suivi d’un “gboob”. Je n’ai pas cherché à attribuer le second bruit à quoi que ce soit. J’ai posé la bouteille pour applaudir (c’est vous qui m’avez appris à applaudir quand on ouvre une bouteille), et c’est là qu’un couinement se fit retentir.
Le brave Elias s’ est mis à rouler au sol comme un enfant pourri a qui on a retiré sa sucette. Le pauvre avait reçu le liège en pleine rétine. Il s’est mis à hurler comme Balthazar Picsou qui vient de perdre son sous fétiche. Maman Christine s’est précipité sur lui pour le consoler.
C’est pas facile de consoler un vieil individu hein. Le type a pleurer comme si… Bref…
Quand il s’est relevé, il avait toujours une main collée à son œil endolori avant de me lancer :

– C’est bon, pars. La fête est finie.
– M’pa, il reste le gâteau d’anniversaire ou bien, lui ai-je répondu.

Il m’a regardé avec un regard qui veut juste dire “je n’aurai aucun regret à te faire avaler la soupe par le nez“. J’ai tourné les yeux vers maman Christine. Elle a juste dit “Faut saluer ta maman quand tu seras rentré“. J’ai compris qu’on me chassait. J’ai regardé vers ma fiancée. Elle m’a sorti “on se voit demain comme prévu ? Je passerai, promis.”
Je suis parti la queue (pas au sens tordu du terme) entre les pattes. Mais avant de franchir le portail, je suis revenu prendre la bouteille de mousseux quand même (c’est vous qui m’avez appris à partir avec une bouteille, quand je quitte une fête.)
Je ne sais pas si c’est mon beau-père qui n’a pas de chance, ou si c’est moi…