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Clavier

Monsieur Beaugard, Directeur de Publication de GNADOE HEBDO, lisait une blague sur un forum de discussion Facebook lorsqu’un numéro privé fit grésiller son téléphone. Dans le métier, ces genres d’appels ne sont pas rares ; seuls leurs buts diffèrent et importent. Ce peut être des menaces, des intimidations, ou même des encouragements, ou des informateurs qui requièrent l’anonymat. Bref cet appel pouvait provenir de n’importe qui, et ce, pour n’importe quoi. On n’en sait jamais rien tant qu’on n’a pas décroché.

Beaugard regarde fixement le téléphone quelques instants, avant de se décider à décrocher. Et par instinct, il se tut, laissant à l’appelant le soin de parler en premier ; ce que celui-ci fit sans se faire prier. Dès que Beaugard reconnût la voix, il se redressa dans son fauteuil, et croisa sa chemise déboutonnée sur son ventre…

David tirait nerveusement sur sa énième cigarette de la journée, en lisant nostalgiquement son dernier article publié dans GNADOE HEBDO, le journal où il travaille. Il était en charge de la Rubrique « Faits Divers », et était tout simplement excellent à cela. Impossible de savoir comment il s’y prend, car il était toujours au courant des écarts de conduite de telle autorité, des abus d’un tel autre élu, et toutes autres histoires croustillantes que les intéressés n’aimeraient voir dévoiler pour rien au monde. Grâce à David, on connait quelques copines des Présidents des Institutions du pays, celles des divers Ministres incapables de cacher leurs diverses frasques. C’est aussi grâce à lui qu’on a une autre lecture des remaniements, et autres licenciements et nomination au sein de certaines entreprises publiques ; des affaires de cul y sont cachées.

Et c’est justement le dernier fait d’arme de David qui a valu des menaces directes à son Directeur de Publication, qui n’a trouvé aucune autre solution que de se séparer de lui. Il vient de faire paraître une prise de bec entre deux jeunes filles dans un supermarché. Elles étaient toutes deux entretenues par le seul et même Directeur des Ressources Humaines d’une compagnie de téléphonie mobile locale. Apparemment l’une d’entre elles était la nièce d’un haut gradé de l’armée, qui n’a pas apprécié que pareille histoire fasse le chou gras de la presse locale. On pouvait lire dans l’article :

« Fidèles lecteurs de plus en plus nombreux, notre commune misère par rapport à la défectueuse qualité de notre communication mobile a peut-être une explication. Et vous me donnerez certainement raison à la lecture de la tristement célèbre histoire qui va suivre ; une scène à laquelle les clients du Supermarché XEVI n’ont pas demandé à assister, mais qui s’est bel et bien produite devant leurs yeux et devant leurs cameras.

Par on ne sait quelle magie, deux jeunes filles fainéantes et feignasses, incapables de réussir quoi que ce soit par elles-mêmes sans y laisser un poil pubien, se retrouvent au rayon frais du Supermarché précité, pour y acheter des spécimens marins avec l’argent de notre crédit de communication. Selon un témoin oculaire, dès que leur regards se sont croisés, chacune a feint ignorer l’autre, avant de se bousculer par l’épaule en se dépassant. Le feu a été  mis à la poudre, et la plus élancée, Aminat, se met à gifler violemment Chantal, en bonne fille du Colonel Rafiou. Chantal ne s’est pas laissé faire. Elle a vigoureusement attrapé la longue mèche de son adversaire avant de balancer sa tête dans tous les sens pour enfin la plonger dans l’un des frigos ouverts du rayon des poissons frais.

Déséquilibrée, Aminat se retrouve buste enfoncé dans le frigo, au milieu des carpes et des saumons, fesses complètement dénudées par une jupe trop courte. Chantal en aurait profité pour lui ôter le filet qui lui servait de slip et lui aurait administré des fessées, comme on fesse sa fille de 8 ans qui joue à papa-maman avec le fils du voisin. «Ce n’est que ça qui plait à Elolo ? Ce ne sont que ces morceaux-là qui lui font plaisir ? », hurlait Chantal en tapant de plus en plus sur les fesses de son adversaire. « C’est à cause de ton cul plein de teigne là que Elolo est de plus en plus occupé ? Bordel de merde ; regardez-moi ça ! Mal éduquée ! Je te fesserai, moi, comme le lâche qui te sert de papa ne t’a jamais fessé. Salope »

C’est à ce stade de la bastonnade que les autres clients du super marché sont intervenus, pour séparer les protagonistes, et sortir la fille du Colonel parachutiste du frigo.

Elolo, faut-il le rappeler, n’est autre qu’Elolo NEPI, Directeur des Ressources Humaines de la compagnie de téléphonie mobile que vous connaissez tous. Cette même compagnie qui peine à assurer une couverture nationale de son réseau, cette même compagnie qui peine à offrir un véritable débit de connexion à ses clients, cette même compagnie où il est difficile d’entendre son voisin au téléphone sans grésillement. Voilà une société qui, au lieu d’investir dans la qualité de leur service, permet  à ses responsables d’investir les cuisses de stupides filles paresseuses et sans réelles ambitions.

Je serai DG de cette compagnie que je mettrai Elolo à la porte. Un Directeur des Ressources Humaines incapable de gérer ses ressources sexuelles personnelles est-il digne de confiance ! Une femme, 4 enfants, et seulement deux maitresses, dépassent déjà les compétences de notre fameux DRH. Comment peut-il gérer les ressources humaines de cette compagnie, savoir qui il faut mettre à quel poste et quand, s’il ne peut empêcher que deux copines se croisent dans un supermarché et en viennent aux mains ?

Ces hauts-gradés de l’armée incapable d’apprendre le self-défense à leur proche, n’ont visiblement pas pu leur apprendre de se battre dans la vraie vie pour gagner dignement leur pain. Et comme on se fait fouetter le cul par un Elolo, on se fera certainement botter l’arrière-train par une certaine Chantal.

Quand le sort veut rire de toi, il ne te prévient pas. Ceux qui veulent la vidéo de la rixe entre les deux idiotes peuvent contacter la rédaction via Whatsapp au numéro inscrit en pied de page.

Eyi zandé ! »

David éteint son ordinateur, après avoir copié ses écrits sur une vieille clé USB, puis décide d’aller vider son casier, dans la salle de Conférence de Rédaction. Celui-ci était aussi vide que sa propre vie ; ou en tout cas il ne comportait pas grand-chose : un vieil appareil photo, une carte mémoire, et quelques bouts de papiers contenants des notes éparses. Il prend son baluchon, jette un dernier regard sur la salle, puis se dirige vers la sortie, cigarette au coin des lèvres.

Il s’apprêtait à cracher de la fumée de cigarette par les narines lorsque son téléphone grésille quelque part, au fond de l’une de ses poches de pauvre journaliste de ce foutu pays pourri. Il regarde l’écran, et pousse un juron à la vue de l’appelant : une pute. Une de ces nombreuses putes de merdes qui baladent leurs jambes légères à travers les avenues mal éclairées de cette ville, et leur cul terreux dans des hôtels miteux. Si ce n’est la poisse, que peut bien lui vouloir une pétasse à ce moment de sa vie ? Il coupe la sonnerie et range le téléphone dans la même poche avant de s’éloigner, tirant toujours sur la cigarette. Sur la centaine de mètres qu’il venait de parcourir, le téléphone n’a cessé de sonner. Chienne de vie, a-t-il pensé. Tu perds ton job, et une pute te harcèle sur ton propre téléphone. Il avait pourtant payé toutes ses dettes de jambes en l’air avec la pute-ci. Mais alors quoi ? Il n’a pas non plus la tête à baiser. D’ailleurs son nouveau statut lui interdirait de bander. Comment avoir une respectable érection quand on vient de perdre son job, et qu’on n’a même pas de quoi payer la passe au bordel ? A la onzième sonnerie, il décroche puis hurle « Merde Jessica il y a quoi ? »…

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