Bon Chic Bon Geek. Capture d’écran effectuée d’un compte Instagram

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Les ardents rayons solaires pénètrent la petite chambre par la fenêtre, et trouvent le couple nu comme des vers sur un matelas de fortune, posé à même le sol. Sur l’un des murs décrépis, des toiles d’araignées çà et là, et une photo accrochée à un maigre clou, représentant David à la plage, une bouteille de bière collée à la bouche. Tout près du lit, une vieille malle métallique de laquelle débordent quelques haillons. David mi- éveillé, avait une jambe coincée sous la poitrine de Jessica qui avait braqué son arrière train vers son visage. Quelques sachets de préservatifs usés jonchaient le sol sableux du taudis. C’est clair que cet endroit était bien plus un abri qu’une habitation.

David fut le premier à se réveiller. Il prit une cigarette et l’alluma une fois à la fenêtre. Les grosses bouffées qu’il renvoyait au dehors avaient des couleurs de nuages orageux, au travers des lueurs solaires. Il alluma la radio, histoire de savoir si la nouvelle du décès du Directeur de la Police était déjà parvenue aux medias. Hélas, les éditions matinales des radios d’information restent muettes sur le sujet. Il a beau manipuler son vieux transistor, que de la musique gospel pour booster des âmes perdues comme lui qui ne croient plus en l’avenir, ou qui n’en n’ont plus, tout simplement. Il n’avait pas la tête à écouter des refrains à la gloire du Christ ; il poussa un juron, envoya un gluant crachat par la fenêtre avant de recoller ses lèvres pâteuses au mégot de cigarette. Il se retourne pour jeter un regard dans la chambre et fut surpris par son propre dénuement. Vivre comme cela, à son âge ? Le seul relief plaisant dans la chambre est la croupe nue de Jessica, qui dormait encore. David se pencha quelque peu en avant, et plaça une main sur son sexe, pour le durcir d’avantage. Puisque c’est gratuit, puisque c’est si invitant, puisqu’on n’a rien à foutre d’autre, pourquoi s’en priver ?

Jessica fut réveillée, surprise, par le membre qui s’enfonça en elle. Elle n’a vraiment pas résisté, et trouvait même de très bon goût, le sexe au réveil. Elle cambra d’avantage ses reins, pour offrir un meilleur angle de pénétration au journaliste au chômage, qui jeta le reste de sa cigarette pour s’accrocher à deux mains à ce qui lui procurait tant de plaisir.

Ils prennent une douche à tour de rôle, puis sortent chercher quelque chose à se mettre sous la dent. Un tel réveil, précédé de la nuit qu’a été la leur, cela brûle les calories.

David pensait essentiellement à avaler une bonne tasse de café noir, sans sucre, comme savait si bien le faire Lamboni, le tenancier de la cafeteria du coin. Un autre voyou, qui aimait faire la morale à grand renfort de son glorieux passé. Depuis que sa femme l’a quitté en lui laissant leurs quatre enfants, Lamboni a ouvert un petit commerce de légumes bio, produits localement, auquel il a joint la restauration rapide. Il s’entend bien avec David, sauf quand celui-ci tarde à payer ses dettes. Qu’à cela ne tienne, le couple va s’installer à une table de « Lamboni Délices ».

Une idée se mit à germer dans l’esprit de David, lorsqu’il entama sa tasse. L’idée, méritait qu’on s’y attarde, qu’on l’expose afin de cogiter dessus. Il hume la vapeur qui émane de sa tasse, avant d’allumer une cigarette :

  • Dis, Jessica, et si on se cachait un peu, pour éviter les radars, quelques temps ?
  • C’est-à-dire ?
  • Oh, sortir un peu du pays, aller rester quelque part quelques temps, le temps que la tension ne retombe, autour de cette affaire ? La nouvelle n’est pas encore publique, mais quand la chasse aux sorcières va commencer, ça ne va pas être joli.
  • Ce n’est pas une mauvaise idée. Mais aller où donc ? Et avec quel argent ?
  • J’ai un plan.

                                                                 -_-

Jean-Eudes, disons le tout de suite, est tout sauf un individu facile à vivre. Grosses lunettes médicales à fortes vergences constamment vissées sur le nez, il arbore une touffe de cheveux et une barbe non rasées, dans son incontournable t-shirt gris ayant certainement connu de beaux jours dans un récent passé. « Bon Chic Bon Geek », pouvait-on lire dessus. Il sort peu mais parle beaucoup lors de ses prises de paroles. Maigre comme un clou de cadre pour photo de famille, Jean-Eudes est un jeune homme acariâtre, constamment en opposition au « système ». Mais s’il y a une qualité que tous accordent à l’homme c’est qu’il est extrêmement doué en informatique et électronique. Le genre d’individu qui renouvelle ses abonnements (câble, internet, site porno…) sans rien débourser ; le genre d’individu à se terrer chez lui des journées entières, en ne se nourrissant que de chips, de whisky et de lait de soja ; le genre d’individu auquel a pensé David, afin de pirater les cartes bancaires du ministre décédé en culbutant Jessica.

Ils se sont retrouvés dans le bunker de Jean-Eudes, pour procéder à la manœuvre. Ayant l’aspect d’un vulgaire magasin dédié à la réparation de vieux ordinateurs, l’endroit avait un système de double porte, un truc dans le genre arrière-boutique, où n’entrent que les initiés. La véritable magie s’opère à l’arrière. Il fallait descendre quelques marches au fond d’un garage, pour accéder à une entrée basse, constamment verrouillée. Baptisé « Papa Tech House », ce tiers-lieu ne fut accessible qu’à très peu de gens.

Une fois installés, David sort une des cartes bancaires de la poche de sa chemise, la regarde en la tournant dans tous les sens, avant de la remettre à Jean-Eudes qui la lui arrache presque des mains, impatient. Il lui jette un regard d’agacement avant de plonger la carte dans un appareil ayant l’air d’un Terminal de Payement Electronique, relié à une sorte d’armoire ayant l’aspect d’unité centrale d’un ordinateur. De longs paragraphes s’affichent à l’écran, et Jean-Eudes émet un léger sifflement :

  • On peut prendre de l’argent avec ou pas, s’enquit David.
  • Calme-toi, homme de peu de foi, fit Jean-Eudes en grossissant sa voix. Ça prendra une dizaine de minute, si je me concentre.
  • Alors concentre-toi et libère moi le plus vite.
  • Hey, hey, hey on ne presse pas Eudes, David. Va donc me chercher une bouteille de sucrerie.
  • Quoi ?
  • Oui, oui. Il y a assez de millions sur cette foutue carte pour que tu puisses m’offrir une Youki. D’ici là, je vais faire signe à mon contact.
  • Tu vas parler de ceci à quelqu’un ? Tu n’oserais pas f…
  • David, tu crois qu’il suffit d’un ordinateur pour prendre de l’argent sur une carte bancaire ?
  • Honnêtement oui, je t’en crois capable, réponds David, perdant de son assurance.
  • Eh bien, vois-tu, je n’en suis pas capable sans l’aide de quelqu’un qui travaille à la banque.
  • Comment ?
  • En l’occurrence, Semenyo. Il faut toute une chaîne, pour former l’axe du mal…

 
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