File attente Credit : Google
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Je viens d’avoir une altercation avec un agent de sécurité d’une banque de la place. De retour au bureau, je tombe sur un agent commercial de ladite banque, en prospection. Je l’ai laissé tchatcher les autres collègues, puis, quand elle a cherché à me voir…
 
« Madame,
 

Je me réjouis de l’intérêt que vous portez enfin à ma modeste personne, afin de me compter parmi vos clients. Vous m’excuserez de ne vous avoir pas reçu, lors de votre dernier passage dans nos locaux. Je n’étais pas d’humeur, mais aussi et surtout, je connais à peu près le discours que vous vous apprêtiez à me servir.

L’institution bancaire que vous représentez ne m’est point inconnue. Je la connais très bien. Je ne la connais que trop bien d’ailleurs. J’en connais les horaires, le code vestimentaire, la segmentation clientèle, les diverses agences sur le territoire national en général, et à Lomé, en particulier, le mécanisme de prêts, les différents prêts, les taux appliqués, les modalités de remboursement, les types de cartes VISA que vous délivrez… Je connais assez bien votre banque. Je la connais parce que j’en suis client.

Je connais si bien votre institution bancaire, parce que j’y suis client depuis 09 ans. Oui, neuf années. Vraiment ? M’auriez-vous demandé. Oui, madame, vraiment. Parce que la première fois que j’ai poussé la porte de l’une de vos agences, c’était il y a neuf ans, et je venais de m’inscrire à l’Université de Lomé.  Vous savez, ceux qui viennent d’obtenir leur Baccalauréat, et qui sont éligibles aux bourses et aides, et à qui l’état ouvre un « compte étudiant » dans une des banques partenaires, de façon arbitraire. Oui. Depuis le jour où j’ai vu mon nom sur la fiche des heureux bénéficiaires des « vingtes », je me suis considéré comme l’un de vos clients.

Oh, oui l’utilisation de ce compte était limitée aux retraits de ma bourse. Je ne me rendais dans vos locaux qu’une fois par trimestre, chaque fois le cœur battant, le regard incertain, le moral dans les chaussettes. Avais-je le choix ? Je n’avais aucune autre source de revenue, madame.

Et à chaque fois que je me suis rendu dans l’une de vos agences, madame, j’ai toujours eu droit à un traitement spécial. Non pas que je sois un client Premium, mais parce que j’étais un VIP. Oui, vous avez fini par me faire croire que j’étais un « Very Indesirable Personality », dans vos locaux.

A chaque fois que je suis arrivé dans l’une de vos agences, vous m’avez mis, moi et beaucoup de mes camarades étudiants, en rangs serrés, sous le soleil, ou sous la pluie, m’interdisant formellement de franchir la porte, tant qu’il y avait un autre client « non étudiant », à l’intérieur. Vous m’avez laissé au traitement houspillant et profondément blessant de vos agents de sécurité. Vous m’avez interdit de m’asseoir, afin de ne point occuper inutilement de l’espace. A chaque fois que je me suis présenté au comptoir, brandissant ma carte d’étudiant, et cherchant à remplir la fiche de retrait, vous m’avez crié dessus, et m’avez fait comprendre, avec un ton hautement méprisant et condescendant, combien je vous empêchait d’avoir une bonne journée de travail. Vous n’avez manqué aucune occasion pour me dire que j’étais tout simplement indésirable. Souvent, certaines de vos agences refusent de me servir, et m’envoient simplement vers une autre agence.

A l’époque, j’étais étudiant en première année de Sciences Juridiques. Et dans la même file de malheureux indésirables, j’ai souvent croisé cet étudiant en année de Maîtrise en Sciences sociales ; cette jolie demoiselle qui finissait ses études en Sciences économiques ; l’autre qui entamait son parcours de Médecine, de Communication, de journalisme, d’ingénieur… Nous étions nombreux à subir cet ignoble traitement réservé à notre « classe sociale ». Nous n’avions pas le choix.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont…. Aujourd’hui, nous sommes médecins, avocats stagiaires, journalistes, communicateurs, ingénieurs… Aujourd’hui, nous avons des revenus, et nous cherchons à les domicilier, à les fructifier. Aujourd’hui, nous avons des enfants pour qui nous voulons épargner dans des comptes bloqués. Aujourd’hui nous réfléchissons à effectuer des prêts de consommation, des prêts immobiliers, des prêts scolaires… Aujourd’hui, vos agents de sécurité ôtent le chapeau pour nous saluer, en nous appelant « Chef, ou patron » ; aujourd’hui, nous avons droit aux places assises dans vos agences, aujourd’hui enfin, vous nous permettez de rencontrer nos gestionnaires de compte ; aujourd’hui, vous nous offrez des sourires aux guichets…

Mais voyez-vous, Aujourd’hui, nous avons le choix. Aujourd’hui, j’ai le choix. Et croyez-moi, ce choix est fortement influencé par les traitements dont j’ai été victime, à l’époque où je me considérais déjà comme client chez vous, alors que je n’étais rien de plus qu’une m*rde, à vos yeux. Ce choix est fortement influencé par vos méthodes qui, malheureusement ne changent guère. Voyez-vous madame, ce matin encore j’étais dans vos locaux pour des renseignements, et j’ai été accepté à l’intérieur, pendant qu’une longue file d’étudiants attendait, sous le chaud soleil de ces derniers jours.

Et c’est justement l’une des raisons pour lesquelles je n’ouvrirai pas de compte dans vos livres, madame. Parce que chez vous, les « clients » ne se valent pas, et je n’ai aucune envie d’être traité comme de la m*erde, le jour où vous aurez à servir quelqu’un de plus « important » que moi. Je ne sais pas le traitement qui me sera réservé le jour où je n’aurai rien, et que je ne représenterai rien à vos yeux.

Inutile de chercher à convaincre de nouveaux clients, si vous êtes incapables de retenir ceux qu’on vous a gracieusement « offerts ». Peut-être que ceux-ci veulent bien connaître vos offres, vos conditions, vos produits. Mais encore faut-il leur donner l’occasion de rentrer dans vos agences.

Je vous souhaite bien du courage dans votre démarche commerciale, madame. Je respecte votre travail, je respecte votre banque, mais…non merci.