“Se cacher” – Les mots positifs / Google.

Bonsoir jeune frère.

Désolé pour la réponse tardive à ton message. J’ai été un peu occupé, et je n’ai pas eu toute ma tête afin de répondre convenablement à ces quelques questions.

Je me permets de t’appeler « petit frère » parce que tu es nettement moins âgé que moi. Je ne suis pourtant pas si vieux. Je ne suis même pas vieux du tout, si tu veux savoir. Sois donc tranquille, nous allons discuter entre jeunes. Ou sinon, je vais te répondre comme jeune.

Qui je suis ? Comment te dire… Je suis le monsieur qui pianote son téléphone, tapis dans l’habitacle de sa voiture garée à l’autre côté de la rue en face de la maison de ta copine. Tu vois, lorsque Sabine te raccompagne au portail, et que tu démarres (enfin) ta moto, le monsieur qui traverse la rue, quelques minutes après ton départ, c’est moi. Parfois, c’est elle qui me rejoint. C’est selon notre humeur du jour.

Je suis la raison pour laquelle, certains soirs, ta copine est de très mauvaise humeur, et t’oblige pratiquement à partir plus tôt que prévu. Je suis celui à cause de qui, elle garde son téléphone constamment sous ses yeux, afin de ne rater aucun de mes messages. Parfois, tu es obligé de vite t’en aller, parce que je dois vite arriver, ou parce que je n’ai pas suffisamment de temps.

Petit-frère, certains week-ends, ta copine te dit qu’elle n’est pas là, et qu’elle souhaite être seule. Pour réfléchir, ou se recentrer sur elle-même. Ces jours-là, je l’emmène hors de la capitale, pour faire partie de sa solitude. Pour qu’ensemble, elle et moi, soyons seuls ; pour ne faire qu’un, elle et moi. Elle a en effet besoin de mettre de l’ordre dans sa tête, et cela se fait la plupart du temps sous ma houlette.

Je suis celui qui lui fait avoir des discussions profondes, entre deux bises. Nous passons du temps, étalés dans l’herbe à regarder le ciel, et se questionner sur le sens de la vie. Je suis celui qui aborde les sujets qui lui tiennent à cœur. Oui, frangin. Entre deux étreintes, nous nous interrogeons sur sa place de stagiaire dans cette société, et comment y augmenter sa valeur. Il n’y a pas que ton commerce, dans la vie. Entre deux pénétrations, nous abordons le sujet de la santé de sa mère, qui est tout aussi préoccupant que l’addiction de ton frère à des substances illicites. Je suis celui qui s’intéresse véritablement à Sabine. Plus que tu ne le penses.

Je suis ce monsieur toxique auquel ta copine est accroc. Ces moments de qualité, de vérité, de sincérité, ces instants où elle est entièrement libre d’être véritablement elle-même, en face d’une personne qui n’exige rien d’elle, elle en veut, encore et encore. Et en parfait manipulateur, je rends ces instants aussi épars que possible. Et plus ils sont rares, plus ces moments sont…intenses. Je suis cet homme qui n’est pas à sa disposition. Je suis celui vers qui soupire son cœur, quand tu es à côté d’elle. Je suis le visage qu’elle imagine, pendant que tu caresses son corps de tes doigts.

Je suis cet homme qui vient s’épancher sur les épaules de ta copine, pour se soulager. L’abject individu qui lui raconte les déboires de son couple à lui, c’est moi. Je suis celui qui vient vider son trop plein de frustrations sur ta chérie. Notre chérie d’ailleurs. Celui qui lui dit les manquements de son épouse pour qu’elle les comble, c’est moi. L’heureux imbécile qui lui fait croire (sans le savoir) qu’il est possible qu’on finisse ensemble, c’est moi. Je suis celui qui empêche ta copine de te donner totalement ta chance, et de passer à une étape supérieure de votre relation.

Mais, pour t’ôter d’un doute, je ne suis pas celui qui lui écrit à 22h. Tu vois, moi, je n’ai pas ce temps, en vrai. A ces heures, je suis en train de digérer le dîner pris en famille, et probablement en train de border ma benjamine, pour qu’elle dorme. C’est le moment réservé à ma famille, et Sabine ne le trouble pas. Comment le pourrait-elle d’ailleurs ? Les moments que nous passons nous suffisent. Nous nous disons déjà beaucoup de choses, durant nos échanges, au cours de la journée.

Tu ne vas peut-être pas me croire, mais je m’intéresse aussi à toi, si tu veux savoir. Je suis aussi celui qui encourage ta copine à te présenter des excuses même lorsqu’elle a raison, pour conforter ton ego. Parce que votre stabilité m’importe et surtout m’arrange. Je sais combien il peut-être pénible de rencontrer des difficultés dans ses entreprises, et d’avoir en face une compagne qui ne les comprends pas. Je sais combien il est compliqué de construire quelque chose de solide et de durable, lorsqu’on a l’âge que tu as.

Dans ton message, tu estimes que je fais montre de ma richesse. Si tu penses que ma situation financière est plus confortable que la tienne, tu as parfaitement raison. Cependant, si tu estimes que c’est ce qui biaise le jugement de Sabine, tu as tort. Parce qu’elle ne me demande rien. Elle sait qu’il ne me reste pas non plus grand-chose, après mes charges. A toi non plus elle ne demande rien, n’est-ce pas ? Elle sait que lorsqu’on a ton âge, ce n’est pas grave de n’avoir que de l’amour à offrir. Si seulement en plus de cela, tu pouvais avoir beaucoup plus de rêves et d’ambitions…

Tu veux vraiment savoir qui je suis, jeune homme ? Je suis ce que tu n’es pas encore. J’ai ce que tu auras un peu plus tard : suffisamment de confiance et d’assurance ! Assurément, ce qu’il te faut, pour ne pas m’écrire pour me menacer, te plaindre ou chialer. C’est peut-être dur et méchant, ce que je te dis, mais certaines choses s’apprennent dans la douleur.

J’aime aussi Sabine. Je l’aime énormément. Peut-être pas autant que toi. Mais suffisamment pour la guider et la convaincre de te donner ta chance. Non par dépit, mais parce que vous le méritez vraiment, vous deux.

Après, tu as le choix : me maudire puis quitter Sabine après, ce qui serait dommage mais compréhensible, ou…aller pleurer chez Sabine, et courir le risque qu’elle se charge de mettre fin à votre relation. Parce qu’elle ne se voit pas avec un individu qui manque autant de confiance en lui, au point de fouiller son téléphone et écrire à quelqu’un auquel elle tient après toi. Ce qui serait également dommage. Puis, tu me maudiras quand même. Jusqu’à ce que tu fasses comme moi, quelques années plus tard.

Bonne nuit jeune homme. Si tu veux faire la discussion, écris quand même. Je jugerai de la nécessité d’y répondre, ou pas.

Amitiés !