Jessica de dos... Bières du journaliste... Image : Aphtal CISSE

Jessica de dos… Bières du journaliste…
Image : Aphtal CISSE

Chapitre Précédant :

David laisse Jessica aller au bout de sa communication. Apparemment, c’était urgent, et cela n’avait rien à voir avec le sexe. Elle avait l’air vraiment paniquée, elle parlait rapidement, et suppliait le pauvre journaliste de venir le plus rapidement possible. Par expérience, David sait qu’à part leur entrejambe, tout ce que vous racontent les putes dans vos oreilles sont vérités, sauf quand elles disent être amoureuse de vous. Les putes, ça discute rarement ; mais quand ça a assez confiance pour causer après le sexe, ça ment rarement. David a plusieurs informatrices au sein de la ‘corporation’. Il sait où et avec qui passer la nuit pour obtenir telle ou telle information. Voyageait-il dans un pays frontalier qu’on le recommandait à la discrète mais organisée communauté des putes du pays. Il était toujours bien accueilli, bien renseigné et bien servi. Et Jessica est justement l’une de ses informatrices préférées. Elle est belle, elle est douce, elle est calme, elle emplie d’assurance et une forte dose d’amour propre. Ce qui l’a probablement aidé à gravir les échelons au sein de la corporation ; parce que coucher avec des hommes politiques, des gens de la haute classe moyenne, est une distinction rare. Sa discrétion lui a valu la confiance de quelques puissants hommes aux puissantes pulsions sexuelles. Et comme Jessica en pince un peu pour David, (et…c’est sincère) elle lui réserve toujours la primeur de ses informations. Tout cela fait que David refusait rarement des faveurs à Jessica. Il a beau crâner, pester, jaser, insulter, il ne fait que retarder son exécution. Et il le sait. Et Jessica le sait.

Il était donc convenu que David retrouve Jessica à la Cafétéria « Paix du cœur », dans un quartier pas loin du lieu où il habite. Il avait toujours le goût de la cendre dans la gueule, et ressassait sa journée, comment son boss lui a expliqué qu’il devait se débarrasser de lui, comment il a essayé de demander pardon, de présenter ses excuses, comment il a promis changer, s’améliorer, comment il a essayé de s’accrocher. Il était convaincu qu’il valait mieux que de la merde dont on voulait se débarrasser… Hélas, on l’a foutu à la porte comme un malpropre. Il part alors, le nez à l’air offert, poumons dilatés, rencontrer son destin.

En écrasant son mégot, David eu le vague pressentiment que quelque de bien plus grand que ce journal l’attendait. De toutes les façons, c’est lui qui y rédigeait les articles croustillants comme les lecteurs les aiment. S’il part, il part avec les lecteurs, et ce journal de ne vaudra pas plus que le pet d’une grand-mère. Oui c’est comme cela qu’il voyait la chose. Peut-être était-ce pour se consoler…

Jessica était sur le qui-vive et sursauta presque, lorsqu’arriva David, renversant de peu son verre de boisson fruitée. Elle se met à poser des questions inhabituelles à son vis-à-vis : a-t-il été suivi ? A-t-il parlé avec quelqu’un ? Est-il arrivé directement ? Où était-il ?… David faillit s’énerver mais il avait trop de malheurs à pleurer ce jour pour s’offusquer d’un interrogatoire mené par une pute. Il referma sa boîte de cigarettes de laquelle il tira une tige et se met en position de bonne écoute. Jessica narra alors son histoire. Sans rien omettre.

      David but toutes les paroles de Jessica, se racle la gorge avant d’entamer :

  • Saloperie de vie, dit-il d’abord pour lui-même. Et pourquoi c’est à moi tu dis ça ? Pourquoi tu m’appelle, moi ?
  • David, je t’appelle toujours pour te raconter mes aventures non ?
  • Oui, mais pas quand tu baises mortellement un politicien. On rit de tout mais là c’est différent, tu as tué un homme et pas n’importe…
  • Je ne l’ai pas tué, je te jure, David. Je n’y suis pour rien. Je n’ai absolument rien fait.
  • Moi je veux bien te croire ; je veux bien te croire, mais il me faut de bonnes raisons pour ! Bon, d’accord oui, je te crois. Mais ce type est mort entre tes cuisses, Jess’
  • Pas entre mes cuisses, il était derrière moi.
  • On s’en fou, Jessica, hurla presque David. On s’en fou. Il est mort. C’est-à-dire que, il n’est plus vivant.

      Jessica se met alors à pleurer à ces paroles. Elle baissa les yeux et pleura sincèrement. Une pute n’a jamais raison. Une pute n’a pas de parole, une pute n’a pas de morale, une pute n’a pas froid aux yeux, une pute peut tuer ; soit avec son sexe, soit avec une quelconque autre arme. Et quand il y a mort d’homme, et qu’il y a une pute dans l’histoire, c’est qu’il y a eu crime, il y a eu meurtre ; et c’est la pute la coupable. Si même David ne la croyait pas, c’est que personne ne la croirait. Personne !

  • Je ne l’ai pas tué, David. Il est tombé tout d’un coup, et n’a plus bougé, reprit-elle entre deux sanglot.
  • Bon, calme-toi un peu. Tu baisais avec lui, c’est bien cela ?
  • Oui, on baisait, il était…
  • Oui d’accord. Puis tu dis qu’il est tombé d’un coup ?
  • Oui, dit-elle, haletante.
  • Après qu’as-tu fais ?
  • Je me suis essuyée, je me suis habillée et j’ai quitté la chambre aussi vite que j’ai pu.
  • D’accord. Tu lui as quand même fait les poches ? Tu as emporté quoi ?
  • Pas grands choses. Son téléphone, sa tablette et ses cartes.
  • Voilà. J’en étais certain. Tu es dingue ! Fais voir. Qu’est-ce qui t’a pris de prendre son téléphone et sa tablette ? Merde tu les as éteints au moins ?
  • Voilà. Je ne sais pas comment éteindre ça ; je ne me suis même pas arrêté pour regarder.
  • Quand on vous demande de réfléchir avec votre cerveau et vous refusez, voilà les histoires que vous créez. On peut te retrouver grâce au téléphone, tu sais ça au moins? Que sais-tu même, toi, à part baiser, hein ?

David prend les deux appareils qu’il s’empresse d’éteindre. Il alluma la cigarette qu’il avait à la main et se mit alors à réfléchir sur la démarche à suivre face à tout le risque que Jessica lui fait prendre, et même le danger qu’elle lui faisait courir. Il tente tant bien que mal de garder son calme et de calmer Jessica. Il demanda une bière, pour voir un peu plus clair dans cette ténébreuse affaire.

Une bouteille de bière, ça passe vite, surtout quand elle est accompagnée de tiges de cigarettes. David but rapidement, avant de se souvenir qu’il n’a pas de quoi payer l’addition.

  • Dis, Jessica, tu as un billet de 2.000 là-bas ?
  • C’est pourquoi ? Je dois en avoir, je pense.
  • C’est pourquoi comment ? N’est-ce pas c’est toi qui m’a invité ici ? Qui paye alors ?
  • C’est bon, c’est bon. J’ai de quoi payer. Prends-en une autre si tu veux.
  • Non, ça peut aller. Si avec la monnaie tu peux acheter des préservatifs, ce sera cool. Je pense qu’il vaut mieux que tu passes la nuit chez moi.
  • Avec tout ce qui se passe tu arrives à penser au sexe, toi ?
  • Regarde, je n’ai la mort de personne sur ma conscience, moi. Je t’offre un toit ce soir, et comme on ne sait jamais… Bref, c’est toi qui vois, Jessica. C’est toi qui vois. »

Elle le regarde longuement avant de héler la serveuse du bar pour régler l’addition. Ils se lèvent, puis se dirigent vers la demeure de David qui n’était qu’à quelques pâtés de maisons de là. Ils marchaient côte à côte mais David ralentissait volontairement pour laisser Jessica passer devant, histoire de mieux reluquer son derrière qui offre la mort aux politiciens. Il y a vraiment de quoi mourir à l’œuvre, sur ce monticule de chair. David avait même envie de la déshabiller là tout de suite, dans la rue, pour la labourer comme le cuisinier fouette l’œuf afin d’en faire une omelette. Il aurait probablement passé à l’acte s’il avait pris une bouteille de trop. Il résista à l’appel de la chair en allumant une autre cigarette…

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