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La climatisation était toujours à fond, dans la chambre 608, lorsqu’une femme de chambre passa devant, avec son plateau, pour servir une chambre plus loin. Peace, la femme de ménage, jeta rapidement un regard furtif par l’entrebâillement de la porte avant de vaquer à ses occupations. La chambre 608, il valait mieux ne pas trop s’y attarder ; il valait mieux ne pas être trop curieux. On se contentait de savoir qu’elle était régulièrement et exclusivement occupée par le même client, qu’elle est rangée par la même employée, (exceptionnellement par quelqu’un d’autre).
Lorsque Peace passa pour une troisième fois devant la 608, elle fut intriguée par le silence qui y régnait, malgré la porte légèrement ouverte. Aucun bruit n’en émanait. En outre, qui mettait « ne pas déranger » sur le poignet d’une porte ouverte ? Elle traina quelque peu les pas, et tendit l’oreille, à l’affut du moindre bruit, du moindre signe de vie. Elle vérifia le couloir pour s’assurer d’être seule, avant d’engager son front dans la petite ouverture faiblement éclairée de la chambre. Elle balada son regard sur quelques tableaux accrochés au mur, avant de le diriger vers le grand lit qui trônait tout au fond de la chambre…
Lorsqu’on découvre un cadavre de la trempe de Monsieur Aristide, il vaut mieux être en possession de toutes ses facultés mentales et émotives, car la suite des événements en dépend fortement. Peace, heureusement, s’est vite ressaisie, à la vue de ce grand corps sans vie. Elle saisit juste le téléphone au chevet du lit, et composa le numéro du Chef Personnel. Rien ne semblait indiquer, au prime abord que la chambre ait été fouillée. Cependant, un attentif regard apprend que certains endroits n’ont pas échappé à d’habiles mains baladeuses. Un sac en cuir, appartenant visiblement à la victime est ouverte, négligemment posée au pied du lit. Nul ne pouvait dire exactement ce qui a été volé, puisqu’on ignore ce que contenait le sac, au départ. Les poches du costume de la victime étaient dehors, et sa veste reposait maladroitement sur un cintre, dans le placard de la luxueuse chambre, désormais scène de crime d’un rare genre.
Aristide, faut-il le rappeler, fait, ou sinon faisait partie de cette poignée de gens du régime qui parlent peu, dont on parle peu, mais qui ont une redoutable capacité de nuisance, comme de bienfaisance. C’est selon. Aristide, Directeur Général de la Police Nationale, Directeur de Cabinet du Ministère de la Sécurité et de la Protection Civile, membre assez écouté du Cabinet Militaire à la Présidence de la République, affectionnait particulièrement ses passages dans cette chambre de ce respectable hôtel réservé aux gens qui ne sont pas préoccupés par les basiques besoins de la vie. Quoi ? Les vices de la chair ne connaissent ni grades ni galons.
Guillermo, le Chef Personnel de l’hôtel, referma derrière lui, en rentrant. Il avait l’air étonné et apeuré par ce que Peace lui décrivit au téléphone, quelques instants plutôt. Cette dernière affirme n’avoir touché à rien, comme l’exigeait le protocole, dans les situations similaires. Elle avait peur également ; très peur en fait. On peut se retrouver en de mauvais endroits aux mauvais moments. Sauf que Peace aurait tout donné pour ne pas être l’auteure de cette découverte macabre

  • Que s’est-il exactement passé, entama Guillermo d’une voie empreinte de tristesse et d’abattement.
  • C’était il y a quelques minutes monsieur, à l’instant même où je vous ai appelé. Je suis monté au sixième pour servir la 612. Cette porte était ouverte. J’ai voulu regarder, et puis voilà.
  • Donc, une porte était ouverte, et toi tu as juste voulu regarder à l’intérieur ?
  • Monsieur je vous jure que je n’ai rien fait. Je sais que c’est interdit monsieur. Je suis monté ici trois fois, et la porte est restée ouverte, alors que le couloir était toujours vide, et que personne n’est monté. C’est tout. Quand je me suis approché, il n’y avait aucun bruit. J’ai cogné à la porte plusieurs fois et je suis rentrée, puisqu’on ne me répondait pas.
  • Et qu’as-tu vu, entendu ? N’aie pas peur, dis-moi tout ce que tu sais.
  • Monsieur, c’est la même chose que vous voyez aussi. Le monsieur est couché sur le dos, au milieu du lit ; nu, comme vous l’avez remarqué vous-même. Exactement comme ça. Je n’ai touché à rien, à part le téléphone pour vous appeler. Je vous jure.
  • C’est tout ?
  • Je vous jure monsieur, c’est tout. Puis elle éclata en sanglot.

Guillermo était confus. Consoler sa subordonnée, ou faire le vide dans sa tête, mettre de l’ordre dans les idées afin de décider de la conduite à tenir ? Par dépit, il tenta une dernière question :

  • Tu n’as plus rien à ajouter ? Tu es sûre ?
  • Sûre et certaine, Monsieur. Il n’y a rien à ajouter. Voyez vous-même. Il a encore la capote sur le bangala, ça ne fait aucun doute, il n’était pas seul dans la chambre. La porte était ouverte, donc forcément quelqu’un en est sorti. Quand je suis arrivé, je n’ai touché à rien, je n’ai rien regardé, à part le cadavre et le téléphone, répondit-elle avec un petit air d’agacement.
  • Tu n’as pas besoin de t’énerver, Peace. Nous devons coopérer le plus franchement possible pour éviter d’alerter la police. Parce que si la police arrive, ils poseront des questions ; à toi principalement, puisque tu étais sur les lieux. Donc, plus on en sait nous-même, plus on pourra dire à sa femme, plus elle comprendra, et plus on évite la police, plus on évite le scandale, et plus on préserve l’image de l’hôtel. Tu comprends ?
  • Oui, monsieur.
  • Donc, on peut dire que tu es la première personne à rentrer dans la chambre ?
  • Ça je ne sais pas. Quelqu’un a bien pu rentrer avant que je ne monte, non ?
  • Oui tu as raison, reprit le Chef personnel.

 
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