Machine à piler fufu

Machine à piler fufu

31 décembre. 13h. Jour de fête, de populaire liesse, et d’allégresse. La malchance a encore guidé mes pas vers cette maison où j’ai l’habitude d’enchaîner maladresses, qui pourtant, m’accueille si bien.
Je fus une fois de plus convié à partager un repas fraternel. Et quand je dis repas, entendez par là, Fufu. Rien de plus fraternel pour des natifs de Kloto, dont est originaire madame. Me voilà alors drapé d’un léger pantalon blanc en lin, assorti avec une chemise tout aussi légère, griffée Ralph Lauren, s’il vous plaît. Et de la même palette de couleurs. Je poussai le portail en chantant mentalement “Comme le messie, arriva un jeune hommeuuu” (RIP Douk Saga).

J’ai soigneusement évité toute effusion d’émotion, pour ne pas salir mes vêtements dans des accolades dont on peut se passer. Les salamalecs terminés, la belle-mère invite madame à se joindre à elle pour piler l’igname. On peut même plus embrasser sa mimbale sans interruption. Je sors alors le discours du gars branché.
“Mais M’ma, toutes ces tranches d’ignames là aujourd’hui ? Avec les invités qui arrivent ? Allons piler ça dans une machine fufumix ou bien ? Avec deux cents, on est à l’aise maman. Faut pas être réfractaire au progrès”.
Le beau-père, (son œil va mieux, promis) serein comme des céréales sur le lait, s’éclaircit la voix pour dire “amegan, j’ai faim et mes invités arrivent d’une minute à l’autre. Au lieu de parler, laisse les gens piler la chose pour qu’on puisse manger à l’heure.”
Pour prouver à tous ceux là qu’ils avaient tort, j’ai transvasé les morceaux d’ignames pour le transporter au coin de fufumix le plus proche que je connaisse. Quelque part à Adidoadin. Il y avait foule. C’est jour de fête, et c’était normal. Je quitte ce lieu pour un autre endroit. Celui de Cacaveli.
Dès que ce fut mon tour, j’ai versé ma cargaison dans la machine qui a à peine commencé son travail qu’une coupure d’électricité survient. Dix minutes – Vingt minutes – Trente minutes….
😢
Je pousse à nouveau le portail de la belle famille avec un air populaire “je suis enfaaaaant j’ai aussi mes drooooiiiiiitts”. La belle-mère ouvre la bassine avec laquelle j’étais sortie une heure plus tôt : un ramassis d’ignames à peine écrasée, froids et durs, avec lequel on ne pouvait même plus faire du ragoût.
– Je suis désolé, lui ai-je dit.
– Prends les bouteilles comme si tu allais acheter la bière et ne reviens plus ici jusqu’à l’année nouvelle, si tu veux pas des soucis avec papa, m’a-t-elle répondu.
Le reste, même madame refuse de me le raconter. Mais chérie, si tu lis ça, dis à papa que je suis désolé, et que je lui fais mes meilleurs vœux de santé et de bénédiction.